Timothy Mc Sweeney’s Quarterly Concern, mega-maximonstre

McSweeney’s n’est pas une revue littéraire comme les autres. Elle est unique. Dave Eggers, son fondateur, la considère comme une chose bizarre et ésotérique. On ne peut qu’approuver et saluer cette aventure éditoriale sans pareille.

McSweeney’s c’est tout d’abord une grande qualité de contenu alliée à un souci d’originalité. Elle s’est distinguée dès sa création par un premier numéro conçu uniquement à partir de nouvelles rejetées par d’autres revues et fait très vite la place aux expérimentations et à des genres souvent absents des grandes revues tels que le policier, le fantastique ou la science-fiction. Elle a publié depuis de nombreux auteurs reconnus tels que David Foster Wallace, William T. Vollmann, Joyce Carol Oates, Michael Chabon, Roddy Doyle, T. Coraghessan Boyle ou Stephen King. Grâce à la qualité des textes publiés, le succès critique a été au rendez-vous. Certaines nouvelles ont par la suite été réunies dans des anthologies, dont deux ont été publiées en France chez Gallimard : Nouvelles américaines (2 tomes) et Mega-anthologie d’histoires effroyables.

Néanmoins ce qui constitue la marque de fabrique de McSweeney’s et fait d’elle une revue d’exception c’est sa forme. Rien ne ressemble moins à une revue traditionnelle que McSweeney’s. Sa conception s’appuie sur une inventivité rare associée à une recherche esthétique dont témoigne la richesse des illustrations (photographies, dessins, design, comics). Chaque numéro a sa particularité et diffère du précédent, au point parfois de prendre des formes totalement surprenantes. Le journaliste Tai Moses rendant compte du premier numéro pour la revue Metroactive a une formule assez juste: « it has the old-fashioned gentility of silly people wearing funny clothes ».

Citons parmi les plus remarquables:

  • Le n°10 est un livre broché édité dans le style pulp.
  • Le n° 13 est un volume relié en toile qui n’est composé que de bandes dessinées. Il a été élaboré sous la direction du célèbre Chris Ware, auteur et dessinateur de Jimmy Corrigan. La jaquette qui se déplie sous forme de poster vaut à elle seule le détour.
  • Le n° 17 se décompose en plusieurs pièces (maintenues par un élastique) constituant le contenu habituel d’une boîte aux lettres: enveloppes, publicités, magazine… Si l’on excepte les nouvelles, tout le reste est conçu dans un esprit parodique.
  • Le n° 19 est une imitation en carton d’une boîte de cigares. A l’intérieur, une brochure de 150 pages contenant des nouvelles et 15 reproductions d’éphémères divers liés à la guerre : publications gouvernementales, propagande politique, lettres , notes…etc.
  • Le n° 33 ressemble à s’y méprendre à un journal. Cf. illustration ci-dessous.
  • Enfin à noter le mystérieux n°36, paru en décembre 2010, dont l’illustration est placée en tête de l’article.

En juin 2010, à l’occasion du douzième anniversaire de la revue, est paru Art of McSweeney’s, un ouvrage qui détaille la façon dont la revue est conçue.

Timothy McSweeney’s Quarterly Concern a été fondée en 1998 par le journaliste et écrivain Dave Eggers (né en 1970), finaliste du Prix Pulitzer pour Une oeuvre déchirante d’un génie renversant (Balland, 2001) et scénariste entre autres de Away we go (2009) et Max et les Maximonstres (2009). Il a créé pour cela sa propre maison d’édition dénommée McSweeney’s. Elle publie aujourd’hui deux autres revues (The Believer et Wolphin) ainsi que des livres de fiction ou non-fiction, notamment ceux d’Eggers. Un site internet accompagne et promeut le travail de McSweeney’s tout en le complétant par la publication d’articles. Son aspect très élémentaire et peu ergonomique est peut-être le seul reproche à faire à l’entreprise d’Eggers. Puisqu’on parle d’entreprise d’ailleurs, il apparaît pertinent de signaler que ce genre d’aventure éditoriale est toujours à la merci d’une fin brutale. En 2007, McSweeney’s a bien failli disparaître suite à la faillite de leur diffuseur Publishers Group West qui leur devait 600 000$. Il a fallu l’offre d’un autre diffuseur, Perseus Books, ainsi qu’une fructueuse vente sur eBay, pour lui sauver la mise.

Dans un billet posté sur le site de McSweeney’s, Dave Eggers a expliqué l’étrange origine du nom de la revue. Il s’agit, contrairement à ce qu’on pourrait penser, d’un personnage réel. Cet homme est décédé le 24 janvier 2010 à l’âge de 67 ans.

**********************

Timothy McSweeney’s Quarterly Concern

Année de création: 1998

Numéros parus: 36

Périodicité: trimestrielle

Langue: anglais

Sujet(s): fiction

Diffusion: librairies, commande sur le site de la revue, Amazon

Prix au numéro: entre 20 et 30$ US

Publicités