Fric-Frac Club, le gang des frères Pynchon

 

 

 

Attention les voilà. Les frères P. A force de parler de la littérature dont personne ne parle (ou presque, ou mal, ce qui revient au même), parfois avant même qu’elle soit traduite en langage hexagonal (car le gang lit les auteurs dans le texte, bien à l’intérieur, ce qui leur donne une bonne marge d’avance [1]), on a fini par les remarquer ceux-là.

 Comme Thomas, leur aïeul, leur oncle, leur mentor, leur chien, on ne sait plus, ils ont du souffle.

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 « Si un jour on devait établir la légende du Fric-Frac Club, il faudrait rappeler que c’est L*** qui, le 5 novembre 2007, enthousiasmé par l’un des premiers textes de F***, forgea ce nom d’équipe qui se murmure le long des balasts des lignes de trains Paris-Bruxelles-Marseille-Nice-et-autres. Le golem existait, il bougeait depuis bien des années déjà, il n’attendait plus que le phylactère qui le baptiserait. Fric-Frac Club, ou F.F.C. Si l’on ne s’y connaît pas, on pourrait croire qu’il s’agit de la Fédération Franconienne de Canoë-Kayak, ou d’un référenciel européen de produit chimique, ou des initiales du futur soixante-huitième président estadounisien. »

Olivier Lamm

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 Parfois trop peut-être. D’abord diffusé sous forme de blog avant d’être refondu dans un site plus graphique en .com, le FFC s’est peu à peu structuré et affiche des articles fouillés, parfois longs, très longs (pavés de signes, péché mignon de gentlemen lecteurs ou de pisse-copies?), délaissant ainsi l’énergie animale des débuts pour quelque chose de plus tenu, de plus sérieux. Peut-être moins de folie mais plus de cohérence.

 Leur eldorado : la littérature américaine, nord et sud. Tout ce qui a de l’ambition. L’inexploré. Ce qui ne se fout pas de la gueule du monde. Ce qui remue la matière, l’histoire, le présent, le futur.

 Leur réseau : ils ne sont pas très loin d’une autre association de bienfaiteurs malfaisants. Il y a quelque part dans le code html du FFC un canal souterrain qui mène à Cyclocosmia.

 Les gars du FFC ont créé un nouveau genre : la critique épique.

 

 [1] Certains d’entre eux ont déjà lu le mythique Infinite Jest de Wallace par exemple (je les envie, je les plains). Paru en 1996. Encore caché du public francophone. Bon faut dire que c’est pas 1000 pages de littérature bucolique et champêtre. Bonne chance au traducteur, qui devait être Claro, mais est-ce encore le cas? La parution serait prévue pour la rentrée 2011.

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Fric-Frac Club

 Année de création: 2008

Langue: français

Sujet(s): littérature américaine et sud-américaine, critique

Diffusion: en ligne

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R de Réel, par A + Z

 

 

 

Devise/Motto : Parvenue à Z, R de réel s’arrêtera : elle a pour but de constituer une collection homogène à travers sa déclinaison subjective des 26 lettres de l’alphabet.

Mission possible et réussie.

Créée en janvier 2000 par les écrivains Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz, R de Réel est un ovni dans le monde des revues : elle est morte de sa belle mort. Une mort douce, attendue [1].

Ovni aussi par le mélange gazeux d’érudition et de fougue limite pubère concocté par de jeunes renards tombés très tôt dans l’impression.

Précipité qui (toutefois) a (parfois) tendance à ballonner l’oeil et le cerveau. Mais vaut mieux ça que Castaldi (père & fils).

tamponsω

étiquettes / collages

mises en page équilibristes

jeux typographiques♣

jeux homo-poly-phoniques

dessins qui ne dépareilleraient pas sur les tables d’un amphi de la Sorbonne, gravés au compas et rehaussés de bic bleu et autre typex

interviews imaginaires de ………………. Gutenberg, Rabelais, Sade ………………………………………… & Cie

 ah et aussi topographie de Tulle

 

 

Au générique, du beau linge :

Le bouton § Pierre Senges (né en 1968) : encyclo-écrivain, champion du fragment numéroté. Voir Utopie : commentaires sur les chemins de ronde. Ou Thomas Moore illustré, enguirlandé.

Le body § Claro (né en 1962) : écrivain et traducteur (Pynchon, Danielewski, Rushdie). Voir notamment De la traduction considérée comme un désastre (vol. T). Abstract le traducteur est un écrivain faussaire (pas un magicien ! il devrait donc à ce titre apparaître en gros sur la couverture car pourquoi vouloir masquer qu’un livre est traduit d’une autre langue ???? C 1 négassion de la lang !) et la traduction est là pour bousculer, prendre, retourner, forcer et faire hurler la littérature française qui elle « se débat mollement ».

La veste § Eric Chevillard (né en 1964) : auto-écrivain-fictif. Voir notamment Portrait du romancier en administrateur des affaires courantes (vol. J). Grosso modo : feu sur le roman, le bon vieux roman, horloge pépère et soporifique qui conforte l’ordre établi le soir devant la cheminée.

La chemise (ouverte) § Ariel Wizman (né en 1962) : philo des plateaux. Voir son article du dictionnaire, lettre D. D.J. Pas lu.

Le feutre § Pacôme Thiellement (né en 1975): plurimédiapolygraphe spatial. Voir L’Après-dernier livre : à propos of V. de Thomas Pynchon (vol. UVW). J’ai déjà oublié ce qu’il a voulu dire.

Les fixe-chaussettes § Nicolas de Crécy (né en 1966) : dessinateur expressionniste décalé baroque. Voir Sandra la marmotte : drame à Saint-Germain des Prés.

 

 

 A SAVOIR : le making-of de R de Réel. Ou comment paraît une revue.

 

[1] Bianchi et Meltz dirigent à l’heure actuelle une autre revue : Le Tigre, dont il sera question ici prochainement.

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 R de Réel

 Année de création: 2000

Numéros parus: 23 (la revue a cessé de paraître)

Langue: français

Sujet(s): multiples

Prix au n°: 6,40€

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« Tout n’est que langue langue langue

Et derrière : corps corps corps »

Claro

(que si)

Zanzibar Quarterly & Co, zizanie sensible

Le numéro un de Zanzibar Quarterly a été imprimé et relié à Venise. C’est un volume (25 x 19 cm) « hardcover » de 256 pages, imprimé en quadri sur différents papiers et emballé dans un poster de 55 x 75 cm comportant 100 poèmes de Ole W. Nielsen. Son tirage a été limité à 1 500 exemplaires et il ne sera pas réédité sous cette forme.

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Comme son nom ne l’indique pas forcément, Zanzibar Quarterly & Co est une revue littéraire française. Elle a été fondée en 2010 par l’éditeur Laurent Blain (né en 1959).

Sa création a été particulièrement remarquée parce qu’elle se distingue par sa forme et son concept, en nette rupture avec les pratiques des autres revues littéraires françaises. Aucune revue ne s’était encore proclamée comme un collector compilant fictions, essais et illustrations dans un esprit de jubilation et de plaisante désorganisation.

Pour les connaisseurs, la comparaison de Zanzibar avec McSweeney’s s’impose d’emblée, même si le recul manque encore pour juger : qualité graphique, format conçu a priori comme étant « à géométrie variable » selon les numéros, et une ligne éditoriale donnant la part belle à la traduction de textes et nouvelles américains écrits par des auteurs frôlant ou plongeant dans les marges de la littérature (Pynchon, Ellroy, Burroughs et Bukowski sont cités comme références dans l’édito du premier numéro). La présence de Dave Eggers (fondateur de McSweeney’s) et David Foster Wallace [1] au générique du premier numéro n’est certainement pas non plus un hasard. Signalons d’ailleurs que ces deux auteurs apparaissent dans le même texte puisque le premier en est l’auteur et le second le sujet. Il s’agit du plus beau texte sur l’écrivain que j’ai pu lire suite au suicide de Wallace en septembre 2008.

La revue Zanzibar est adossée à la maison d’édition du même nom, créée en 2009 avec pour objectif de publier de la littérature américaine selon un mode plutôt original, comme le précisait Laurent Blain en début d’année dans une interview donnée à presseedition.fr: « Zanzibar n’a pas de politique de collection : chaque livre suscite son propre environnement graphique et typographique. Nous apprenons beaucoup des éditeurs étrangers – américains et italiens en particulier – plus audacieux que les Français. Nous sommes encore loin d’avoir abouti en la matière. »

Ceci a un inconvénient: à l’instar de McSweeney’s là encore, Zanzibar est une revue chère. Néanmoins Laurent Blain tempère en soutenant avec aplomb que sa revue vaut ses 30€ (ce en quoi il a raison même s’il faut reconnaître que le premier numéro est inégal) et en annonçant que cela ne sera pas toujours le cas puisque chaque numéro sera différent.

En définitive on ne peut que soutenir cette heureuse initiative et espérer que cette revue puisse disposer du temps nécessaire pour trouver ses marques.

 

[1] DFW pour les intimes a publié le texte suivant dans le premier numéro de McSweeney’s: Yet Another Example of the Porousness of Certain Borders (VIII). Il a été publié dans une version plus fournie et sous un autre titre (Philosophy and the Mirror of Nature) dans son recueil de nouvelles Oblivion (2004), dont la traduction en français reste encore à faire. Comme d’ailleurs de la majorité de l’oeuvre du regretté DFW. On en reparlera.

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Zanzibar Quarterly & Co

Année de création: 2010

Numéros parus: 2

Périodicité: trimestrielle

Langue: français

Sujet(s): fiction

Prix au n°: 30€

Diffusion: librairies

Cyclocosmia

 

Réalité ou fiction? Le genre animal est parfois troublant. Ainsi cette araignée nommée cyclocosmia dont la particularité est son imposant abdomen qui lui sert de moyen de défense. Lorsque l’araignée s’abrite dans son terrier, elle bouche l’entrée de son abdomen qui lui sert ainsi de bouclier contre les prédateurs. Son extrémité est aplatie et très rigide. Sa forme étrange peut faire penser dans le cas ci-dessus à un motif inca.

Cette araignée surprenante sert de totem à la revue Cyclocosmia créée en 2008 par l’association minuscule (basée à Strasbourg) et sous-titrée « revue d’invention et d’observation ».

Cyclocosmia fait partie de ces revues récentes qui recherchent la singularité, le minimum de contraintes, l’approche passionnée, et qui ne s’effraient ni du mélange des genres (ils ne parlent d’ailleurs pas de mélange mais d’hybridation) ni des frontières du hors-sujet.

Cyclocosmia a en outre la particularité de s’intéresser au monstrueux. La citation suivante d’Alfred Jarry orne l’en-tête de son site web:

Il est d’usage d’appeler MONSTRE l’accord inaccoutumé d’éléments dissonants : le Centaure, la Chimère se définissent ainsi pour qui ne comprend pas. J’appelle monstre toute originale inépuisable beauté.

Des trois numéros parus, je m’attarderai plus précisément sur le dernier, consacré à l’écrivain chilien Roberto Bolaño (1953-2003) que l’on peut sans conteste considérer comme l’un des plus grands écrivains sud-américains de ces cinquante dernières années. Si ce n’est le plus grand. Il est pourtant encore peu connu en France où son oeuvre est publiée chez Christian Bourgois.

Cyclocosmia s’intéresse au monstrueux et à la littérature. Elle ne pouvait donc faire autrement que de parler de Bolaño. Il n’y a pas d’autre mot pour décrire l’essence de son oeuvre et particulièrement son dernier roman, l’incroyable 2666, publié inachevé après sa mort. Dans ce roman, Bolaño crée un monde tourbillonnant et infernal dont le centre aimanté est la ville de Santa Teresa dans l’Etat du Sonora au Mexique. La Santa Teresa littéraire n’est autre que la réelle Ciudad Juárez (Etat du Chihuahua), cité dont le nom restera à jamais attaché aux centaines de meurtres de femmes commis depuis 1993, non élucidés à ce jour.

Trois articles passionnants traitent de 2666. Le premier est signé Sergio Gonzalez Rodriguez, journaliste mexicain qui a couvert les meurtres et en a tiré un livre, Des os dans le désert (Passage du Nord-Ouest, 2007). Il a à cet égard la particularité d’être devenu un personnage du roman de Bolaño. Il dresse de lui un beau portrait en invétéré détective. Le second, écrit par Julien Frantz, considère 2666 comme une apocalypse qui ne révèle rien. La violence inhérente aux hommes est inexplicable, y compris par le récit, lequel ne peut que constater, montrer. Et c’est exactement ce qui se passe pour le lecteur de 2666: il reste sans voix après avoir lu. Malgré cela, et c’est ce qui fait la force de 2666, Bolaño parvient encore à nous convaincre de la pertinence de la littérature, quand bien même fusse-t-elle incapable de changer quoi que ce soit. Alors même que son roman est inachevé. Peut-être même grâce à cela. Le troisième enfin est une analyse d’Eduardo Lago qui fait de 2666 un voyage chaotique vers la mort. Lorsqu’il écrit son roman, Bolaño est malade, affecté d’une insuffisance hépatique incurable. Mais c’est le voyage d’un poète dont le langage atteint des sommets inégalés et « il est tout simplement impossible de ne pas se sentir proche de lui » :

Le sentiment que nous laisse la lecture est la forte nostalgie d’un tout définitivement perdu et difficilement nommable, le sentiment d’avoir erré à travers la solitude et le chaos. Sous la superficie de ces pages, retentit une profonde humanité, une vision compatissante de l’existence. (p.91)

Gloire à Cyclocosmia de consacrer de si belles pages à un tel écrivain. Les deux précédents numéros exploraient les figures de Thomas Pynchon et José Lezama Lima (poète cubain quasiment inconnu en France dont on reparlera ici). Nous voilà entre gens de grande compagnie.

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Cyclocosmia

Année de création: 2008

Numéros parus: 3

Périodicité: épisodique

Langue: français

Sujet(s): fiction, poésie, philosophie, critique

Prix au n°: 22€

Diffusion: librairies, commande possible sur le site de la revue

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Capharnaüm

 

Le premier numéro de Capharnaüm se remarque d’un seul coup d’oeil grâce à la très belle photographie reproduite sur sa première page de couverture: la tête de l’écrivain Raymond Guérin, petite, isolée, dans l’immensité de l’océan atlantique. C’est à peine si l’on distingue une mince bande de terre à l’horizon pour séparer l’eau du ciel sur lequel est surimprimée cette phrase: « Je ne peux plus vivre pleinement heureux si je suis privé de soleil ».

Le ton du numéro est donné. Un travail graphique bien fait imprimé sur papier de qualité et un contenu solaire.

 Majoritairement consacrée aux récits de voyage, cette première livraison est illuminée par un très beau texte du méconnu Raymond Guérin (1905-1955) dont il faut signaler par ailleurs le Retour de Barbarie et le Du côté de chez Malaparte, tous deux réédités par Finitude. Ces notes de voyages inédites (datées de l’été 1937) forment un précis de lumière et de chaleur, une déclaration d’amour au soleil, au naturisme, aux éléments. Un hédonisme minimal.

 Que le soleil paraisse au moins et ma journée est sauvée. Car si courte que soit cette apparition, j’en jouis tout de suite et totalement. Et si, comme ce matin, j’éprouve une angoisse, du moins suis-je sans hargne. Je ne blasphème plus contre le soleil. (p.16)

 Le parti pris de Capharnaüm et des éditions Finitude (animés par Emmanuelle et Thierry Boizet) est à double tranchant. Publier des fonds de tiroir d’écrivains, autrement dit précisément ce qui est pointé du doigt dans l’à-propos de ce blog, c’est risqué. Cela dit, vu comme ça, le fait d’assumer une telle ligne éditoriale a presque de quoi rassurer. Au moins c’est dit, contrairement à ce qui se pratique trop souvent. Et puis cela peut avoir le mérite de faire connaître des auteurs confidentiels comme c’est le cas ici. Néanmoins je ne peux m’empêcher de trouver inégal ce premier numéro. Si l’on retire les contributions de Guérin et R. L. Stevenson (un beau texte intitulé Le charme des lieux sans charme, daté de 1874 et inédit en français), le reste paraît plus anecdotique.

 Mais après tout, c’est sans doute cela que vise cette revue: l’anecdotique, « tous ces petits fragments qui éclairent de l’intérieur la vie littéraire d’une époque » comme le formule si bien le court avertissement placé en première page. Capharnaüm est somme toute une contradiction de bon aloi: rien de désordonné, d’entassé, de chaotique. Juste une belle et simple invitation à la curiosité.

 

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 Capharnaüm

 Année de création: 2010

Numéros parus: 1

Périodicité: épisodique

Langue: français

Sujet(s): littérature

Prix au n°: 13€

Diffusion: librairies, commande possible par mail

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