The Believer : l’oeil de verre

Publiée par les éditions McSweeney, The Believer est une revue littéraire américaine créée en 2003.

Voici 5 raisons de se précipiter sur la dernière livraison, consacrée au cinéma :  The 2011 Film Issue [1].

1

Pour le DVD qu’elle contient : une édition de People on Sunday (Menschen am Sonntag ou Les hommes le dimanche en français), un film muet allemand tourné à Berlin en 1930 qui a la particularité de compter à son générique à la fois aucun acteur professionnel, 4 futurs réalisateurs mythiques d’Hollywood ainsi qu’un chef opérateur hors pair :

Robert Siodmak (1900-1973) : réalisateur du film. Il s’agit de la première réalisation de Siodmak, né à Dresde. Il fuit l’Allemagne nazie en 39 et s’installe à Hollywood où il devient réputé pour ses films noirs dans les années 40 : Phantom Lady, The Killers et d’autres.

Billy Wilder (1906-2002) : scénariste du film en collaboration avec Curt le frère de Robert Siodmak. Né dans l’Empire austro-hongrois, Wilder a débuté par une carrière de scénariste à Berlin avant de quitter l’Allemagne dès 1933. Il réalise son premier film en France puis s’installe à Hollywood avec le succès que l’on connaît : Double indemnity, Sunset Boulevard, Some Like it Hot

Edgar G. Ulmer (1904-1972) : producteur et co-réalisateur du film. Né en Autriche, Ulmer a débuté comme acteur et décorateur de théâtre avant de suivre Murnau à Hollywood. Il y réalise de nombreux films à petit budget dont le célèbre Detour (1945).

Eugen Schüfftan (1893-1977) : chef opérateur du film. Connu pour être l’inventeur d’un effet spécial qui porte son nom et permet grâce à un système de miroirs d’intégrer de façon apparemment naturelle des décors de taille réelle et des maquettes. Effet utilisé notamment dans Metropolis (1927) de Fritz Lang. Schüfftan a travaillé sur quelques-uns des films majeurs de la première moitié du 20e siècle : Metropolis, le Napoléon d’Abel Gance, plusieurs films de Georg Wilhelm Pabst, Max Ophüls, Marcel Carné ou encore Georges Franju à la fin de sa carrière (Les yeux sans visage).

Fred Zinnemann (1907-1997) : assistant de Schüfftan sur ce film. Né à Vienne, Zinnemann devient cameraman avant de partir étudier le cinéma aux Etats-Unis. Il se fait connaître dès les années 40 mais ses plus grandes réalisations datent des années 50 et 60 : le chef-d’oeuvre High Noon (Le train sifflera trois fois) ou encore From Here to Eternity (Tant qu’il y aura des hommes).

Ce film est à rapprocher du courant de la Nouvelle Objectivité qui apparaît dans l’Allemagne de l’entre-deux guerres en réaction à l’expressionnisme. On y voit le déroulement de la vie quotidienne de cinq personnages. Le film est scénarisé et mis en scène, mais il se veut avant tout documentaire [2].

2

Pour un article sur William Cameron Menzies (1896-1957), artiste peu connu, qui fut pourtant un décorateur réputé : The Thief of Bagdad ou encore Gone with the Wind.

3

Pour une micro-interview de Paul Verhoeven, réalisateur hollandais que tout le monde connaît pour ses films américains : Robocop, Total Recall, Basic Instinct, Starship Troopers… etc. On le connaît moins pour ses films tournés aux Pays-Bas avec Rutger Hauer (Turkish Delight, Katie Tippel, Soldier of Orange, Flesh & Blood). Dans cet entretien on apprend que Verhoeven a écrit un livre sur la vie de Jésus (à défaut d’avoir pu en faire un film), qu’il est passionné par la figure historique du Christ (celui qui « ronfle, renifle et pète »), et qu’il est membre à ce titre du Jesus Seminar, un groupe de spécialistes de la Bible qui s’appuient sur les textes pour tenter de retrouver le Jésus ayant existé. De quoi revoir Robocop différemment ??

4

Pour un entretien avec Walter Murch, monteur notamment des films de Francis Ford Coppola depuis Conversation secrète en 1974. Peu de gens ont une réflexion aussi vive et enthousiasmante que lui sur le cinéma et la narration. Ce type est un génie. Il faut lire son livre In the blink of an eye, ou encore ses entretiens avec Michael Ondaatje au cours desquels il évoque son rêve de pouvoir un jour créer un système de notation pour l’art du montage, et même l’écouter raconter l’inventivité dont il a dû faire preuve pour monter et sonoriser le premier film de Georges Lucas THX 1138 (voir les bonus de la version double DVD).

5

Pour l’illustration de couverture signée Charles Burns, auteur incontournable de Black Hole. Son trait, faussement pop, utilisant à merveille les noirs d’encre, excelle avec les textures, la peau en particulier, et les regards.

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[1] Qu’une revue littéraire puisse parler de cinéma, de musique ou d’autres choses est tout ce qu’on peut souhaiter. On reconnaît bien là la patte de Dave Eggers.

[2] Raymond Bellour lui a consacré un ouvrage : Les hommes, le dimanche de Robert Siodmak et Edgar G. Ulmer (Yellow Now, 2009).

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The Believer

Année de création: 2003

Périodicité : 9 numéros par an

Langue: anglais

Sujet(s): littérature, poésie, idées, critique, cinéma, musique

Prix au n° : 10$

Diffusion: The Mc Sweeney’s Store

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