Ruido : incondicional !

 Inspiration overflow  / to Raisa Maudit

(photo issue21 – 2011)

*

C’est dans une petite librairie de Santa Cruz de La Palma (Canaries) que j’ai été surpris de découvrir cette revue. Je ne m’attendais pas à l’existence d’une revue culturelle indépendante sur cette petite île boisée connue pour ses bananeraies, son climat généreux et ses volcans, et à vrai dire je ne m’étais même pas posé la question. Ceci sans mépris aucun : nous sommes tous accablés par l’ignorance et les voyages sont justement là pour la faire reculer.

Ruido a pour préoccupation de promouvoir l’art dans toutes ses formes, qu’il soit local (La Palma et l’ensemble de l’archipel), national ou international. Le numéro que j’ai entre les mains (n°16, paru en avril 2011) traite ainsi des Ramonas, groupe de punk-rock de La Palma, de Papa Pupa, groupe de hard rock venant de Lanzarote, de Miguel Manescau, guitariste colombien qui a vécu à Tenerife, de Radiohead, de Jane Austen, des frères Coen et pour finir de Raisa Maudit, artiste multidisciplinaire comme elle se définit, née en 1986 sur l’île de La Palma.

Cette dernière est sans aucun doute l’affiche la plus intéressante du numéro et son site internet, magnifiquement titré The Rise and the Fall of RAISA MAUDIT… and the lack of inspiration, mérite le détour. Comme beaucoup de jeunes artistes contemporains, ses créations tiennent à la fois de l’art (Jeff Koons, Sophie Calle, Wim Delvoye… comptent parmi ses influences) et de la théorie de l’art (Lipovetsky, Deleuze ou Hakim Bey en ligne de mire) ; elles s’intéressent au rapport entre individu et collectif, réalité et fiction ; elles se fondent sur le réemploi de matériaux et ressources existants (d’où ce « lack of inspiration ») ; et elles se manifestent sous des formes très diverses : photographie, vidéo, collages, performances…

Comme elle le proclame, Raisa Maudit réagit à l’idée de bonheur comme sédatif social et la met en scène. Elle conçoit une « misanthropie humaniste » qu’elle souhaite sans copyright (toutes ses œuvres sont sous licence copyleft). L’art est une énergie destinée à tous et doit circuler coûte que coûte. Dans la partie « statement » de son site, elle propose d’ailleurs une vision assez tranchée de la démocratisation culturelle comme séduction, personnalisation et décontextualisation. D’une certaine façon, la culture devient rock star et l’individu groupie. Si cette conception, envisagée dans le cadre du travail de l’artiste, est assez juste, elle a tendance en revanche à devenir néfaste dès qu’il s’agit de pédagogie : en effet, séduire et décontextualiser à outrance n’est jamais une bonne chose. A bien y regarder, cette définition s’appliquerait presque comme un calque à quelques grandes expositions parisiennes qui font de leur sujet une sorte de dieu pailleté et intouchable.

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=> Un bémol : il n’est pas tout à fait évident de se faire une idée du travail de Raisa Maudit rien qu’en consultant son site internet. C’est un peu fourre-tout. Et certains de ses textes mériteraient une traduction en anglais pour les non hispanophones…

=> Les 15 premiers numéros de Ruido sont disponibles en ligne. => REVISTAS

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