L’anthropologie pour faire face aux problèmes du monde moderne

Ca n’est pas une revue, c’est juste un livre. Pas très épais, 150 pages à tout casser. Pas très gros, facilement transportable dans une poche revolver ou intérieure. Et  c’est pourtant un grand livre, important pour l’avenir. A l’intérieur, 3 conférences inédites de Claude Levi-Strauss prononcées au Japon au printemps 1986, soit il y a bientôt 26 ans maintenant. Synthétisant ses travaux, Levi-Strauss y livre une réflexion brillante sur les difficultés vécues (déjà…) par la civilisation occidentale (leur synthèse en deux pages est tout bonnement époustouflante) et les solutions qu’elle peut trouver grâce à l’anthropologie. Contrairement à ce qu’on peut parfois penser, cette « science de la culture » ne se borne en aucun cas à étudier des survivances et archaïsmes de vie qu’on pourrait dire « primitifs ».  Elle étudie au contraire les différences entre ces pratiques et les nôtres ainsi que les différences à l’oeuvre au sein de notre propre culture. Le but de l’anthropologie est ainsi de regarder très loin, vers l’altérité, et partant de regarder sa propre culture de très loin. Levi-Strauss fait sur ce point un parallèle frappant avec l’acteur japonais du théâtre Nô qui, à rebours de ce qui est pratiqué dans le théâtre occidental, apprend à se regarder jouer, tel un spectateur, afin de s’améliorer.

Face à la crise civilisationnelle, l’anthropologie offre des pistes à considérer de très près :

  • c’est une science qui à la différence de l’économie ou de la sociologie par exemple utilise des données concrètes compréhensibles par le plus grand nombre parce qu’elles relèvent de l’expérience vécue
  • c’est une science du dehors et du dedans, très proche de la création littéraire et artistique
  • c’est une science qui mobilise les méthodes et techniques de nombreuses disciplines, elle est donc capable d’intégrer de nombreuses composantes provenant de différentes façons d’appréhender le monde (notamment le fait de concevoir l’existence de mondes surnaturels et mythiques, au point d’émettre l’hypothèse qu’un jour ils ne seront peut-être plus incompatibles avec la pensée scientifique)
  • elle a pour but de mieux connaître l’homme et de le réconcilier avec la nature, combler le fossé qui se creuse entre les données de la sensibilité et une pensée abstraite visant à mieux comprendre l’univers. Au-delà, de la comparaison entre cultures, l’anthropologie sauvegarde la « chance permanente de l’homme ».

Comme l’écrit Levi-Strauss, « ce que l’anthropologie rappelle à l’économiste au cas où il viendrait à l’oublier, c’est que l’homme n’est pas purement et simplement incité à produire toujours davantage. Il cherche aussi, dans le travail, à satisfaire des aspirations qui sont enracinées dans sa nature profonde : s’accomplir comme individu, imprimer sa marque à la matière, donner, par ses ouvrages, une expression objective à sa subjectivité ».

Ce petit ouvrage de Levi-Strauss est une bouffée d’air, une poire pour la soif, un viatique pour le voyage difficile mais au combien passionnant qui nous attend.

*************************************************************************************************

Claude Lévi-Strauss, L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne, Seuil, 2011.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s